Alphonse Gninafon

L’éducateur physique, Alphonse Gninafon qui vit en France dans la première partie de l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder, avait opiné sur les réformes en cours au Bénin en matière du sport. Ici, il revient sur la conception des classes sportives et des centres de formation de football dont dispose le pays. Il garde espoir d’un lendemain meilleur pour le football au Bénin.

Quel est votre regard sur les classes sportives initiées il y a quelques années sous l’ère du ‘’Changement’’ puis celle de  la ‘’Rupture’’ ?

Tous ceux qui sautent dans la mer ne savent pas forcément nager. Je l’ai déjà dit plus haut.  Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais le problème à mon avis,  c’est la manière dont cela est conçue. La base est déjà faussée selon moi, car comment ces différents encadreurs et enfants ont-ils été sélectionnés ? J’en ai connu avec qui j’ai travaillé en France et je pense qu’on peut s’inspirer de ce qui se fait sous d’autres cieux pour améliorer les choses chez nous. Toutes les étapes doivent être mieux revues. Un enfant de la classe de 6ème par exemple à 11 ou 12 ans doit être suivi de près, parce que c’est l’âge auquel  on peut savoir si oui ou non, le gamin à une marge de progression.

Tout cela est-il fait par exemple ? Les enfants doivent être suivis et ce sont les meilleurs  qui doivent intégrer les classes sportives ! Si l’enfant ne peut pas contrôler une balle, comment peut-il rentrer déjà dans un système tactique à partir des classes sportives ? Et ce sont ces choses qui ont tué notre football ! Il y avait des joueurs dans notre équipe nationale qui ont dû mal à contrôler les balles ! Les techniques existent pour savoir quel enfant où quel autre pourra continuer vers la haute performance en termes de taille et autres atouts. Et c’est sur la base de tout cela que le reste doit suivre.

Tout le monde doit participer à la chose, les parents, les enfants, les autorités locales…Il faut normalement par exemple un encadreur pour 10 joueurs ce qui n’est pas le cas encore chez nous. C’est bon d’avoir jeté le pavé dans la marre, mais il faudra que les autorités reviennent sur leurs pas pour voir si tout ce qui est investi n’est pas jeté par la fenêtre sinon on dira dans 10 ans qu’on a construit des infrastructures, on a mis en place les classes sportives et pourtant…

 Au Bénin, on a pratiquement dans tous les coins des centres de formation. Que faut–il selon vous pour qu’un centre de formation soit digne du nom ?

Je félicite déjà les promoteurs de ces centres qui sans moyens sans rien font ce qu’ils peuvent. Il faut qu’ils soient accompagnés. Mais je suis désolé de vous dire aujourd’hui, qu’on n’a pas de centre de formation au Bénin, car chacun se bat comme il peut mais ce n’est pas encore cela. Pour un vrai centre de formation digne du nom,  il y a énormément de choses qu’il faut mettre en place.

Un centre de formation doit être rattaché à un club professionnel et les jeunes dans ces centres doivent être amenés à donner le meilleur d’eux-mêmes sur le plan sanitaire, diététique, compétitif. D’abord, nous devons travailler pour que la grande masse des jeunes soient sur le terrain les samedis. Pour cela, il faut que les communes participent, il faut que le ministère mette en place ce qu’il faut. Sur le plan sanitaire par exemple, il faut que les enfants aient un infirmier, un médecin, un cuisinier, un psychologue… qui puissent être des interlocuteurs valables et capables d’aider en cas de soucis.

Autre chose, le staff d’une équipe est composé de 16 personnes par exemple. Le nombre de joueurs qu’on a mis dans un centre, ce n’est pas forcément ce nombre qui va sortir et rejoindre l’élite ! Aujourd’hui, ce sont nos cadres qui font la faillite du système. Il y a beaucoup de choses à corriger dans la manière de faire actuelle.

Avez-vous des relations avec des centres ici au Bénin ?

Tout ce que je fais si j’arrive avec des ballons maillots et autres, je donne à qui je peux et partout où c’est possible pour moi de le faire, mais je ne suis pas spécifiquement affilié à un centre. Je suis pour le développement à la base, puisque pratiquement tout manquait quand nous autres on jouait. Chaque année, je rentre avec au moins avec 500 ballons que je distribue partout où je passe dans les quartiers par exemple où je vois les enfants jouer du citron. Je conseille aussi les enfants dans les différents endroits où je passe, les encadreurs également.

Quel sera votre message à l’endroit des promoteurs, des encadreurs et des enfants ?

Heureusement qu’on est au Bénin sinon quand les promoteurs rassemblent des gamins et qu’un choc ou une blessure survient, cela peut être catastrophique pour  lui ! Les parents peuvent le poursuivre et il en paiera toute sa vie ! La preuve, je suis tombé des barres parallèles à l’Injeps et 20 ans après, j’ai été opéré prothèse à l’épaule et tout mais je vous dis si c’était en France j’ai la possibilité de me retourner contre la structure.

Je pense qu’il faut légiférer afin de protéger en quelque sorte ces promoteurs.  Il ne faudrait pas que n’importe qui se lève pour dire qu’il crée un centre de formation, le prototype de ce type de structure doit être défini par le ministère qui doit mettre les moyens pour aider ceux qui s’y mettent, ceux qui sont vraiment motivés pour faire le travail. Il faut un programme pour les enfants que les encadreurs doivent scrupuleusement suivre, car on ne rentre pas dans une école pour faire ce qu’on veut.

Propos recueillis par Messan DOHOU

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